LES MYTHES DE L'ÂME MODERNE Avons-nous oublié qui nous étions ?

Plus j'étudie les mythes, plus une question revient.

Et si les anciens ne cherchaient pas à nous raconter des histoires ?

Et s'ils avaient tenté de transmettre quelque chose de bien plus profond ?

Lorsque nous regardons les dieux anciens, nous avons souvent tendance à les considérer comme des croyances dépassées.

Des personnages appartenant à un passé révolu.

Pourtant, lorsqu'on les observe autrement, une autre possibilité apparaît.

Et si ces dieux étaient des cartes ?

Des représentations symboliques de forces que nous portons tous en nous.

Depuis toujours, quatre figures me fascinent particulièrement : Hécate, Gaïa, Cernunnos et Manannán mac Lir.

À première vue, ils semblent très différents.

Pourtant, ils possèdent un point commun.

Aucun d'eux ne règne réellement sur le pouvoir.

Aucun d'eux ne cherche la domination.

Tous nous invitent à descendre en profondeur.

Hécate éclaire les passages entre les mondes.

Gaïa nous rappelle notre lien avec la Terre.

Cernunnos garde les forêts, les rythmes du vivant et les profondeurs de l'être.

Manannán navigue entre les brumes, les émotions et les territoires invisibles.

Pourquoi ces figures nous parlent-elles encore après des milliers d'années ?

Peut-être parce qu'elles parlent de quelque chose que nous avons oublié.

Les anciens n'étaient probablement pas plus intelligents que nous.

Ils ne possédaient ni internet, ni bibliothèques numériques, ni technologies modernes.

Mais ils observaient autre chose.

Ils observaient les cycles.

Les saisons.

Les marées.

Les récoltes.

La naissance.

La croissance.

La maturité.

La mort.

Ils savaient que tout ce qui vit suit un rythme.

Aujourd'hui, nous savons mesurer le temps.

Mais savons-nous encore lire les cycles ?

Nous savons combien de notifications nous recevons chaque jour.

Mais savons-nous dans quelle saison intérieure nous nous trouvons ?

Nous savons consulter la météo du monde.

Mais savons-nous écouter la météo de notre âme ?

Peut-être que notre époque souffre moins d'un manque d'information que d'un manque de relation avec le vivant.

Nous avons appris à maîtriser beaucoup de choses.

Mais nous avons oublié comment habiter pleinement notre propre territoire intérieur.

Nous détruisons parfois la Terre qui nous nourrit.

Et il nous arrive aussi de détruire ce qui nous nourrit intérieurement.

Nous épuisons notre attention.

Nous négligeons nos besoins profonds.

Nous ignorons nos limites.

Nous sacrifions le silence.

Puis nous nous étonnons de nous sentir perdus.

L'alchimie appelait cela le Nigredo.

L'œuvre noire.

La descente.

La confrontation à l'ombre.

La perte des certitudes.

Cette étape que nous cherchons souvent à éviter.

Pourtant, comment retrouver une lumière que l'on refuse de chercher dans l'obscurité ?

Peut-être que Cernunnos représente cette descente.

Non pas le maître des ténèbres.

Mais celui qui n'a plus peur de les regarder.

Peut-être que Gaïa nous rappelle que rien ne peut grandir durablement lorsque nous maltraitons le sol qui nous porte.

Peut-être que Manannán nous enseigne que certaines traversées ne peuvent être contrôlées, mais seulement vécues.

Peut-être qu'Hécate nous montre que toute transformation commence par un passage.

Et peut-être que les dieux n'ont jamais demandé à être adorés.

Peut-être demandaient-ils simplement à être compris.

Lorsque nous observons les mythes, une autre question apparaît.

Et si les dieux n'étaient pas des êtres extérieurs ?

Et s'ils représentaient les archétypes de notre propre évolution ?

Dans ce cas, le véritable pouvoir ne serait ni politique, ni matériel.

Le véritable pouvoir serait la connaissance de soi.

Depuis des siècles, les traditions répètent la même invitation :

"Connais-toi toi-même."

Et si le secret des dieux n'était finalement rien d'autre que cela ?

Apprendre à reconnaître les forces qui vivent en nous.

Apprendre à dialoguer avec nos ombres.

Apprendre à écouter nos cycles.

Apprendre à retrouver notre place dans le vivant.

Car au fond, la question n'est peut-être pas de savoir si les anciens dieux existaient.

La véritable question est peut-être :

Qu'avons-nous oublié en cessant de les écouter ?

Et si la quête spirituelle n'était pas une ascension vers le ciel,

mais un retour vers les profondeurs de notre propre être ?

 

Alruna

 

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